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Infidélité numérique : Quand le virtuel devient une trahison dans le couple

  • Photo du rédacteur: Maxime Loustalot
    Maxime Loustalot
  • 13 août
  • 7 min de lecture

Un message envoyé en secret. Un compte sur une application de rencontre. Des échanges qui deviennent de plus en plus intimes avec une personne rencontrée sur Instagram. Des photos suggestives, du sexting, ou simplement une conversation que l'on préfère cacher à son partenaire.

Est-ce une infidélité ?

La question semble simple. Elle ne l'est pas...


Infidélité numérique et thérapie de couple
Infidélité numérique et thérapie de couple

Avec les smartphones et les réseaux sociaux, une nouvelle forme d'intimité s'est installée dans nos vies : une intimité qui peut exister en dehors du couple, parfois à quelques centimètres de son partenaire, derrière l'écran d'un téléphone. Les frontières entre amitié, séduction, fantasme, sexualité et infidélité sont devenues plus difficiles à définir.

L'enjeu n'est donc pas seulement de savoir ce qui s'est passé en ligne, mais de comprendre ce que cette relation représente pour chacun des partenaires et ce qu'elle vient modifier dans le lien de couple.




Qu'est-ce que l'infidélité numérique ?


On parle d'infidélité numérique lorsqu'une personne investit, dissimule ou entretient une relation en ligne d'une manière qui transgresse les accords explicites ou implicites de son couple.


Cela peut prendre des formes très différentes :

  • entretenir des conversations secrètes avec une personne

  • flirter régulièrement avec quelqu'un sur les réseaux sociaux

  • utiliser une application de rencontre alors que l'on est en couple

  • envoyer ou recevoir des messages ou images à caractère sexuel

  • maintenir une relation affective virtuelle particulièrement intime

  • reprendre contact avec un ex dans le secret

  • suivre ou consulter compulsivement certains contenus sexualisés

  • créer un compte caché ou adopter en ligne un comportement que l'on ne montrerait pas à son partenaire


Il serait toutefois réducteur d'établir une liste universelle de comportements qui constitueraient nécessairement une infidélité.

Un « like » n'a pas la même signification qu'une conversation sexuelle régulière. Un échange amical n'est pas nécessairement une trahison. Et un couple peut avoir des règles très différentes d'un autre.

La question centrale est plutôt celle-ci :

« Est-ce que ce comportement respecte les règles de notre relation et la place que nous avons choisi d'accorder à notre partenaire ? »




Pourquoi l'infidélité numérique peut-elle faire aussi mal ?


Pour la personne qui découvre les échanges, la douleur peut être très réelle, même lorsqu'il n'y a jamais eu de rencontre physique. Pourquoi ?

Parce que l'infidélité ne concerne pas uniquement le corps. Elle touche aussi à la confiance, à l'exclusivité, à l'intimité et au sentiment d'être choisi par l'autre.

Une personne peut par exemple découvrir que son partenaire a confié à quelqu'un d'autre des pensées, des fantasmes, des difficultés ou des compliments qu'elle pensait appartenir à leur intimité.

Le sentiment de trahison peut alors être lié moins à la sexualité qu'à cette impression :

« Une partie de notre relation existait ailleurs, sans que je le sache. »


Des travaux récents continuent d'ailleurs à étudier le rôle des comportements d'infidélité sur les réseaux sociaux dans la satisfaction du couple et la détresse psychologique, notamment en lien avec l'attachement, la solitude et les difficultés relationnelles

Cela ne signifie évidemment pas que les réseaux sociaux « provoquent » l'infidélité. Ils peuvent en revanche offrir de nouvelles possibilités de contact, de séduction et de secret.

Toutes les interactions numériques ne se ressemblent pas.

Il existe une différence entre regarder occasionnellement le profil d'une personne et construire progressivement une relation parallèle avec elle.




Dans les situations d'infidélité numérique, une question revient fréquemment :

« Pourquoi me l'as-tu caché ? »


Deux personnes peuvent avoir exactement le même comportement en ligne et vivre des conséquences très différentes selon la manière dont elles ont défini les limites de leur couple.

Un partenaire peut savoir que l'autre échange régulièrement avec un ex et ne pas considérer cela comme une menace. Pour un autre couple, ce même comportement peut être vécu comme une rupture majeure de confiance.

Ce qui transforme parfois une interaction en transgression, c'est donc le décalage entre ce qui est fait, ce qui est autorisé et ce qui est caché.


Le secret devient alors une frontière psychologique : « je sais que mon partenaire pourrait être blessé s'il le savait, alors je préfère qu'il ne sache pas ».

C'est aussi ce qui explique pourquoi le terme de « micro-infidélité » s'est popularisé ces dernières années pour désigner des comportements apparemment anodins mais susceptibles de franchir les limites propres à un couple



« Ce n'était que virtuel » : vraiment ?


Cette phrase est parfois utilisée pour minimiser ce qui s'est passé.

Pourtant, l'absence de rencontre physique ne signifie pas nécessairement l'absence d'intimité.

Un échange numérique peut mobiliser de véritables émotions : excitation, désir, attachement, jalousie, manque, sentiment de rejet ou peur de perdre l'autre.

Le numérique ne crée pas ces émotions artificiellement. Il leur offre simplement un nouvel espace d'expression.

C'est particulièrement visible avec le sexting. Les recherches montrent que les pratiques de sexting sont loin d'être homogènes et qu'elles peuvent être associées à des profils relationnels très différents. 


Il serait trop simple de dire : « sexting = infidélité ».

La bonne question serait plutôt :

« Qu'est-ce que cet échange sexuel représente dans notre couple, et quelles limites avions-nous posées autour de cette pratique ? »




Pourquoi certaines personnes franchissent-elles ces limites ?


Il n'existe évidemment pas une seule explication à l'infidélité numérique.

Elle peut apparaître dans des couples qui vont mal, mais aussi dans des couples qui semblaient fonctionner correctement.

Elle peut être liée à un besoin de validation, à la recherche de nouveauté, à la difficulté à gérer la frustration, à une insatisfaction sexuelle ou affective, à une vulnérabilité narcissique, à des difficultés d'attachement ou simplement à une occasion devenue progressivement une relation.


Le contexte du couple mérite également d'être exploré.

Certaines études ont notamment trouvé des liens entre les comportements d'infidélité sur les réseaux sociaux et des dimensions comme l'anxiété ou l'évitement dans l'attachement




Mais comprendre n'est pas excuser !


Chercher les mécanismes qui ont conduit à une infidélité ne signifie pas déresponsabiliser celui ou celle qui l'a commise. Cela permet plutôt de dépasser la seule question : « Qui est coupable ? » pour arriver à une question plus utile : « Qu'est-ce qui s'est passé, et que voulons-nous en faire maintenant ? »



Faut-il tout contrôler pour éviter l'infidélité ?


Après une découverte, la tentation peut être grande de demander les mots de passe, de vérifier le téléphone, de surveiller les réseaux sociaux ou de chercher constamment des preuves.

Cette réaction peut être compréhensible : lorsqu'une personne a été trompée, elle cherche à retrouver une forme de sécurité.

Mais surveillance et confiance ne sont pas synonymes.

Une relation dans laquelle chacun contrôle constamment le téléphone de l'autre peut donner l'illusion d'une sécurité sans nécessairement reconstruire la confiance.


La reconstruction passe davantage par la transparence, la responsabilité, la cohérence entre les paroles et les actes, et la capacité à redéfinir ensemble les limites de la relation.

Il est donc important de distinguer transparence choisie et surveillance imposée !


Et si le couple n'avait jamais parlé de ses limites ?

C'est probablement l'une des difficultés majeures de l'infidélité numérique.

Beaucoup de couples ont une conception implicite de la fidélité.


On sait qu'une relation sexuelle avec une autre personne est généralement considérée comme une transgression dans un couple monogame. Mais qu'en est-il d'un cœur envoyé tous les jours à la même personne ? D'une conversation nocturne ? D'un échange de photos ? D'un abonnement à un compte particulier ? D'une application de rencontre utilisée « juste pour regarder » ?


Les couples doivent aujourd'hui apprendre à parler de frontières qui n'existaient pas de la même manière avant l'ère numérique.

Il peut être utile de se demander ensemble :


  • Qu'est-ce que nous considérons comme du flirt ?

  • Quelles conversations souhaitons-nous garder à l'intérieur du couple ?

  • Quelle place donnons-nous aux ex ?

  • Le sexting avec une autre personne est-il acceptable pour nous ?

  • Y a-t-il une différence entre regarder et interagir ?

  • Qu'est-ce qui doit rester privé dans notre téléphone ?

  • Que signifie pour nous « être fidèle » ?


Ces conversations peuvent sembler peu romantiques. Elles peuvent pourtant éviter de nombreux malentendus.




Quand la thérapie de couple peut-elle aider ?


Une infidélité numérique peut parfois être le symptôme d'une difficulté plus ancienne. Elle peut aussi constituer un événement traumatique pour le partenaire qui la découvre.

Dans les deux cas, la thérapie de couple peut offrir un espace où chacun peut comprendre ce qui s'est joué sans réduire la situation à un simple procès.

Le travail thérapeutique peut notamment permettre de :


  • comprendre comment la relation parallèle s'est construite

  • mettre des mots sur la blessure et la perte de confiance

  • permettre au partenaire qui a été trompé d'exprimer sa souffrance

  • responsabiliser celui ou celle qui a franchi les limites

  • identifier les besoins qui n'étaient plus entendus dans le couple

  • reconstruire progressivement la sécurité relationnelle

  • définir de nouvelles règles autour du numérique

  • déterminer si le couple souhaite réellement poursuivre son histoire


L'objectif n'est pas nécessairement de « sauver le couple à tout prix ».

Parfois, le travail thérapeutique permet de reconstruire la relation. Dans d'autres situations, il permet aux partenaires de comprendre qu'ils ne souhaitent plus continuer ensemble et de trouver une manière moins destructrice de se séparer.

L'infidélité numérique nous oblige finalement à redéfinir la fidélité.

Les technologies ont changé notre manière de rencontrer les autres, de communiquer, de séduire et de maintenir des relations.

Elles n'ont pas pour autant changé nos besoins fondamentaux : être aimé, reconnu, choisi, désiré et en sécurité dans une relation.


La véritable question n'est donc peut-être pas :

« Est-ce que liker quelqu'un, lui écrire ou lui envoyer une photo constitue une infidélité ? »

Mais plutôt :

« Qu'avons-nous décidé de considérer comme exclusif dans notre relation ? »


La fidélité n'est pas seulement l'absence de relation sexuelle avec une autre personne. Elle peut aussi être une manière de prendre soin des frontières de l'intimité que deux personnes ont choisies ensemble.

À l'ère numérique, ces frontières ne vont plus forcément de soi.

Elles doivent parfois être nommées, discutées et même renégociées.

Et c'est peut-être là l'une des principales fonctions d'une thérapie de couple : permettre à deux personnes qui ne parlent plus le même langage de la fidélité, de l'intimité ou de la confiance de recommencer à se parler autrement !

 
 
 

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​© Site Web créé en 2016 par Maxime Loustalot,Psychologue Clinicien et Psychothérapeute.

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